Originaire d’Australie et de Nouvelle-Zélande, la Crassule de Helms a été signalée la première fois dans les milieux naturels en France à la fin des années 1990 (Diard, 2005). Son introduction a été réalisée volontairement pour l’ornement des bassins et des aquariums. Elle a également été commercialisée comme plante oxygénante.
Crassule de Helms | B. Allard Cen Centre-Val de Loire
Biologie.
La Crassule de Helms est une plante amphibie de très petite taille. Elle est caractérisée par des feuilles linéaires, pointues, charnues, opposées et sessiles, mesurant entre 0,5 et 2 cm. L’opposition des feuilles constitue un critère permettant d’éviter la confusion avec une espèce menacée, l’Élatine verticillée (Elatine alsinastrum), dont les feuilles sont disposées en verticilles. Une confusion est également possible avec les callitriches, mais la disposition et la forme des feuilles permet de les différencier.
Fleurissant de juin à septembre, la Crassule de Helms forme de petites fleurs blanches à quatre pétales, mesurant de 1 à 4 mm de diamètre. Sa reproduction repose principalement sur la multiplication végétative et la production de turions. Sa forte capacité de fragmentation lui permet de coloniser rapidement de nouveaux secteurs à partir de fragments de tiges (Dean, 2015).
Écologie dans son aire d’introduction.
La Crassule de Helms est une espèce aquatique appréciant les eaux stagnantes ou à faible courant, comme les fossés, marais, canaux, mares, lacs et étangs, ainsi que leurs berges.
Toutefois, la plante possède une capacité d’accommodation aux conditions terrestres. Elle peut notamment supporter des périodes d’assec en réduisant ses pertes en eau grâce à la fermeture de ses stomates (Dortel & Dutartre, 2018).
Crassule de Helms | B. Allard Cen Centre-Val de Loire
Impacts.
Capable de former des tapis végétaux monospécifiques très denses, la Crassule de Helms peut recouvrir rapidement la surface de l’eau. Elle entre en compétition avec les espèces indigènes en limitant leur développement et peut entraîner une diminution de la diversité végétale. La formation de peuplements denses peut également réduire la lumière disponible et contribuer à une diminution de l’oxygénation du milieu. La modification de la composition végétale est susceptible d’impacter la faune aquatique, notamment les tritons, en réduisant la qualité de leur habitat (Langdon et al., 2004).
De plus, la prolifération de cette espèce peut gêner l’écoulement de l’eau dans certains canaux et fossés, compliquant ainsi leur gestion hydraulique (Dortel & Dutartre, 2018).
Législation.
Depuis 2025, la Crassule de Helms est inscrite sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne, en application du règlement européen n°1143/2014.
En France métropolitaine, l’espèce a été ajoutée en 2023 à l’annexe I-1 de l’arrêté du 14 février 2018 relatif à la prévention de l’introduction et de la propagation des espèces végétales exotiques envahissantes. Il est interdit, sur l’ensemble du territoire métropolitain et en tout temps, l’introduction de l’espèce, y compris le transit sous surveillance douanière, l’introduction dans le milieu naturel, la détention, le transport, le colportage, l’utilisation, l’échange, la mise en vente, la vente ou l’achat de spécimens vivants.
Situation en région.
Répartition et hiérarchisation.
D’après les connaissances actuelles, quatre foyers de Crassule de Helms sont recensées sur le réseau hydrographique régional. L’une se situe en Eure-et-Loir (28), deux autres en Indre-et-Loire (37) et la dernière dans le Loiret (45).
Dans la liste hiérarchisée des espèces végétales invasives élaborée par le CBN du Bassin parisien, la Crassule de Helms est classée dans la catégorie « invasives avérées prioritaires » (Desmoulins & Emeriau, 2022).
Les espèces présentes dans cette catégorie combinent une forte capacité de dispersion et des impacts importants sur les milieux naturels.
Objectif régional.
En raison de sa forte capacité de propagation, la Crassule de Helms constitue une espèce dont la gestion est prioritaire. Il est nécessaire d’intervenir précocement lors de l’apparition d’une nouvelle population afin d’augmenter les chances d’éradication du foyer.
Lors de ses prospections de réactualisation le CBN du Bassin parisien a d’ailleurs relevé un nouveau foyer, le 30 juillet 2026, sur la commune de Luynes (Indre-et-Loire). Ce dernier se situe à proximité de la Loire. La nouveauté de cette observation, associée à la proximité d’un axe de dispersion majeur comme la Loire, justifie de préconiser la mise en œuvre d’actions sur ce site et dans ses alentours, afin de limiter le risque de propagation de l’espèce.
Si certains sites de la région venaient à être fortement colonisés, des actions d’éradication précoces ne seraient plus envisageables. La gestion de l’espèce deviendrait alors beaucoup plus complexe et très coûteuse, notamment pour limiter son expansion à l’échelle du bassin versant.
La communication auprès des communes concernées constitue un levier essentiel pour prévenir la dispersion de l’espèce. Elle doit notamment cibler les secteurs accueillant de nombreuses activités nautiques et aquatiques, les usages humains représentant l’une des principales voies de dissémination de la Crassule de Helms.
N’hésitez pas à nous contacter à gteee@cen-centrevaldeloire.org.
Bibliographie.
Dean C., 2015. The Ecology, Impacts, and Control of Crassula helmsii. Thesis: Philosophy. Bournemouth : Bournemouth University, 182 p.
Desmoulins F. & Emeriau T., 2022. Liste des espèces végétales invasives de Centre-Val de Loire, version 3.2. Orléans : Conservatoire botanique national du Bassin parisien, délégation Centre-Val de Loire, 39 p.
Diard L., 2005. Atlas de la flore d’Ille-et-Vilaine : flore vasculaire. (Atlas floristique de Bretagne). Nantes : Éditions Siloë, 670 p.
Dortel F. & Dutartre A., 2018. La Crassule de Helms (Crassula helmsii Cockayne, 1907) : fiche d’alerte détaillée, première analyse des risques, possibilités de régulation et mesures de biosécurité. Brest : Conservatoire botanique national de Brest & Groupe de travail national Invasions biologiques en milieux aquatiques (GT IBMA), 23 p.
Langdon S. J., Marrs R. H., Hosie C. A., McAllister H. A., Norris K. M. & Potter J. A., 2004. Crassula helmsii in UK ponds: Effects on plant biodiversity and implications for newt conservation. Weed Technology, 18, p. 1349–1352.
